KOUANDE DEVIENT UPR
 

Bouleversement géopolitique dans le septentrion à l’orée de 2011 : Boni Yayi perd la confiance des populations de Kouandé

 La Presse du Jour 

La gare routière de la commune de Kouandé a accueilli le samedi 7 novembre 2009 un événement inédit. Six conseillers communaux élus dans la commune et une frange importante de la population ont convolé en justes noces avec le parti Union pour la relève de Issa Salifou. Chose curieuse, cette adhésion massive a reçu la bénédiction de sa Majesté Bagana Soro II, roi de Kouandé et de l’imam de la localité.

Le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi peut-il toujours compter sur les populations de Kouandé pour se faire réélire Président de la République en 2011 ? Il serait en tout cas difficile de répondre par l’affirmative à cette question au regard de la démonstration de force faite le samedi 7 novembre 2009 par l’Upr à la gare routière de la commune de Kouandé. Aujourd’hui, sans risque de se tromper, on peut avouer que le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi a perdu la confiance des populations de Kouandé qui lui reprochent de les avoir abandonnées après les durs combats qu’elles ont menées pour son avènement au pouvoir en 2006. A écouter les uns et les autres, les multiples promesses non  tenues par le pouvoir du changement sont à l’origine de ce divorce qui s’annonce irréversible. Déjà le premier acte de ce divorce est la démission en bloc des six conseillers élus sur la liste Fcbe lors des dernières élections communales. Ces conseillers communaux (Sèkè Jean, Mama Yari Alidou, Lafia Yarou Barassounon Imorou et Tamou Séro avec à leur tête Ibrahim Fataou, premier adjoint au maire de Kouandé) ont décidé le samedi 7 novembre dernier, à l’occasion d’une cérémonie grandiose, de convoler en justes noces avec l’Union pour la relève (Upr) de l’honorable Issa Salifou. Cet acte de démission collective de la Fcbe et d’adhésion massive à l’Upr n’est pas semblable à ceux que nous avons l’habitude de voir dans d’autres localités où les populations sont conditionnées par l’espèce sonnante et trébuchante. A Kouandé, les populations ont décidé d’écrire une nouvelle page de leur histoire politique et comme ce fut le cas en 2006 avec Boni Yayi, elles ont choisi librement d’adhérer à l’Upr. Cette adhésion est d’ailleurs soutenue par une volonté de dire non à l’imposture manifestée à tous les niveaux de la couche sociale de Kouandé. Mieux, le meeting politique organisé à la gare routière de Kouandé pour marquer cette adhésion volontaire à l’Upr a tranché avec l’hypocrisie. Malgré le fait que les organisateurs n’aient  déployé ni camions, ni véhicules bâchées, les populations de Kouandé sont sorties très massivement pour s’engager dans un nouveau combat avec l’Upr afin de changer le changement. Pour une population qui a largement contribué à l’avènement du changement et qui se sent aujourd’hui délaissée par un pouvoir spécialiste de promesses non tenues, il ne pouvait avoir meilleure occasion  de souffler un ouf de soulagement.

Les raisons d’une déception profonde
 
 « Le bien ne fait pas du bruit. Mais depuis un moment, ils ont opté pour le bruit de l’autre côté et le bien est parti. Au sein du conseil communal de Kouandé, il y a eu des remue-ménages. Et nous, les conseillers en majorité élus sur la liste Fcbe, qui en son temps avions laissé nos occupations pour venir annoncer à Kouandé la bonne nouvelle de l’avènement du Dr Boni Yayi au pouvoir, avons le courage de dire aujourd’hui que ça ne marche pas. Et puisque ça ne marche pas, nous avons l’obligation de vous amener une nouvelle dynamique à travers le canal le plus sûr qui est l’Union pour la relève (Upr). Comme  vous le constatez, l’Upr est composé de jeunes. Et comme le conseil communal de Kouandé est composé aussi de jeunes et que nous partageons les mêmes visions que ces jeunes leaders de l’Upr, nous avons alors opté pour une adhésion massive à l’Upr ». Ces propos de M. Imorou Fataou, 1er adjoint au maire de Kouandé illustrent à merveille la profondeur du divorce qu’il y a aujourd’hui entre les populations de Kouandé et le Président Boni Yayi. Là où la situation devient plus préoccupante est que le roi de Kouandé et l’Imam de la localité aujourd’hui déçus du comportement du Chef de l’Etat lorsqu’il a été question du soutien à apporter à Mme Clémence Yimbéré pour être élue Présidente de la Cour Constitutionnelle et de la Haute Cour de Justice, soutiennent l’initiative des jeunes de Kouandé. «…Si la jeunesse de Kouandé a choisi d’adhérer à l’Upr, ce n’est pas par le fait du hasard, mais plutôt parce qu’elle a trouvé en lui un parti capable de rassembler les filles et tous les fils de ce pays autour des mêmes idéaux de développement. Pour nous, jeunes de Kouandé, l’Upr est un parti de défi. L’avenir des jeunes de ce pays est sombre surtout avec les fausses promesses que fait le gouvernement. L’avenir des jeunes de Kouandé est particulièrement noir car nous n’avons bénéficié d’aucune promotion et pourtant, vous savez combien de fois nous nous sommes mobilisés pour l’avènement du changement au Bénin. Rien n’a changé concrètement dans notre commune. C’est le lieu de le dire. La jeunesse de Kouandé a compris que sans l’Upr et son groupe politique G13, la démocratie béninoise allait sombrer dans une monotonie politique à nulle autre pareille… », a dit par ailleurs M. Nouhoum Daouda pour soutenir le 1er adjoint au maire. Comme on peut le constater, la coupe est assez pleine et les messages de soutien apportés par les jeunes de Péhunco et le Mouvement Nassara Abt de Djougou ne pouvaient arriver que pour sonner le grand rassemblement.

Pari gagné pour Aboubakar Baparapé

Pour Aboubakar Baparapé, l’organisation de ce meeting politique à Kouandé n’était pas chose évidente avec la détermination du pouvoir Fcbe à restreindre les libertés reconnues au peuple béninois par la Constitution. Mais avec la détermination des populations et le soutien du Chef de terre de Kouandé, de sa Majesté Bagana Soro II puis de l’Imam, le signe indien a été vaincu.
L’homme le plus comblé en cet après-midi du samedi 7 novembre 2009 est l’honorable Aboubakar Baparapé. Il a réussi à vaincre la fatalité avec les siens. On comprend alors la joie qui l’anime lorsqu’il s’adresse aux courageuses populations de Kouandé en ces termes : « Nous avons vaincu la fatalité. Nous avons vaincu l’idée unique. Nous avons vaincu l’imposture. C’est désormais la conviction qui est la mienne à partir de ce que je vois ici ce samedi 7 novembre 2009 à Kouandé. Chers invités. Il n’était pas décent pour nous de penser qu’aujourd’hui, nous nous retrouveront si nombreux pour célébrer cette manifestation qui est celle de l’adhésion en bloc des conseillers communaux initialement Fcbe de Kouandé en nombre important à l’Upr, voire au groupe politique G13. Nous marquons ainsi le début d’une nouvelle ère politique dans la commune de Kouandé. Avec le soutien des uns et des autres, je suis convaincu que nous allons réaliser l’alternance en 2011…Cela étant, nous estimons, nous populations de Kouandé que nous avons le devoir de nous épanouir. Nous avons le devoir et le droit d’avoir des infrastructures autant que d’autres localités de notre pays. Nous estimons qu’avec le chemin que nous empruntons aujourd’hui que l’avenir s’annonce radieux et qu’on peut espérer un lendemain meilleur avec le groupe politique G13 par la bannière de l’Upr auquel nous adhérons… ». Cela a inéluctablement valeur de message d’espoir et d’engagement.

« Si le bateau de Boni Yayi doit couler, il coulera seul »

Le président de l’Upr, l’honorable Issa Salifou et les siens n’avaient plus des raisons de ne pas être déterminés à poursuivre le combat pour la consolidation des acquis de la démocratie béninoise après ce qu’ils ont vu à Kouandé. Son message montre la profondeur des défis à relever.
« Populations de Kouandé, je vous remercie beaucoup. Je suis venu ici avec une délégation de députés de notre groupe parlementaire G13. Il s’agit des honorables Tokou Dari, Edmond Agoua et Domingo Cyriaque. Dans la délégation qui m’accompagne, il y a aussi les anciens députés Amouda Razack, Aboubakar Baparapé et des cadres de l’Upr dont M. Tanpégou Dieudonné. C’est ici le lieu de remercier tous ceux qui ont contribué au succès de cette cérémonie et plus singulièrement au Chef de terre de Kouandé ici présent. Aujourd’hui, je crois que nous venons de boucler la boucle dans la 4è circonscription électorale parce que qu’il vous souvienne qu’après les élections locales, nous avons eu un certain nombre de conseillers communaux. A Ouassa Péhunco, nous avons eu sept conseillers. A Natitingou, nous avons eu aussi sept conseillers. A Toucoutounan, le G13 a obtenu six conseillers. Kouandé était dernier de la liste avec trois conseillers. Mais avec la grâce de Dieu, nous venons de passer de trois à dix conseillers. Je ne peux pas parler de ces dix conseillers sans remercier très sincèrement le premier adjoint au maire de Kouandé qui a fait preuve de courage et de dynamisme. Il n’est pas facile d’être opposant. Il a fallu qu’on annonce qu’on va tenir un meeting à Kouandé et à Bembèrèkè pour que le pouvoir Fcbe organise la polémique il y a une semaine. En réalité, de quoi s’agit-il ? J’ai l’habitude de dire qu’entre le Président Boni Yayi et nous, ce n’est pas encore la rupture. Mais beaucoup ne comprennent pas. Les Ivoiriens disent si tu manges seul, tu meurs seul. Le président Boni Yayi a été soutenu par nous tous qui sommes du G13. Mais malheureusement, il a de mauvais conseillers qui lui ont toujours demandé d’écarter un certain nombre de personnes de la gestion du pouvoir. Et c’est ce qu’il fait depuis bientôt trois ans et demi. Alors, si le bateau de Boni Yayi doit couler, il coulera seul…Nous avons fait une petite démonstration pour les élections locales. C’est de faire en sorte qu’il y ait d’autres listes que la liste Fcbe dans le septentrion. Et nous avons eu des résultats dans la mesure où après ces élections, nous avions eu 38 % de l’électorat des quatre Nord. C’est assez significatif et devrait donner à réfléchir au Chef de l’Etat. Ce résultat a été obtenu malgré la détermination du régime Boni Yayi à nous réduire au néant. Souvenez-vous que pendant ces élections, la liste Fcbe a bénéficié du soutien du Chef de l’Etat qui se déplaçait lui-même pour battre campagne avec les moyens de l’Etat aux candidats Fcbe. Ce n’est donc pas facile d’aller contre un régime qui a à sa tête le Président Boni Yayi. C’est extrêmement difficile. Mais nous avons fait cette expérience avec succès. Populations de Kouandé, c’est le moment de serrer les ceintures parce que c’est bientôt les élections de 2011 et il y aura beaucoup de secousses. Vous avez avec vous des gens courageux. L’honorable Baparapé et notre aîné Issifou Amouda Razack avec qui j’ai fait la 4è législature sont des gens très courageux. C’est pourquoi j’ai pris sur moi l’engagement de les soutenir. Vous devez faire autant pour qu’ils retrouvent très vite leur place au sein de l’hémicycle lors de la 6è législature. Etes-vous fiers de voir aujourd’hui Kouandé sans député à l’Assemblée Nationale alors que c’est la commune la plus peuplée de la 4è circonscription électorale ? Vous avez donc un grand rôle à jouer en 2011. Je vous demande donc de vous battre pour qu’on puisse récupérer ce siège qu’on a perdu à cause de calculs politiques. Je vous garanti d’ores et déjà que vous aurez à 10 % mon soutien pour relever ce défi. Dans les jours à venir, nous allons retourner à Bembèrèkè parce qu’il est hors de question de se laisser enterrer vivant…Après l’adhésion de nos sept conseillers et de l’honorable Baparapé, le bureau politique de l’Upr me charge de leur remettre devant vous les textes fondamentaux. Chères populations de Kouandé, c’est nous qui avons aidé le Président Boni Yayi à avoir la majorité à l’Assemblée Nationale. Mais malheureusement, il ne nous a pas retourné l’ascenseur. Il nous a combattus. Aujourd’hui cela ne m’étonne pas que les sept conseillers Fcbe de Kouandé le lâchent comme nous l’avions fait aussi. En réalité, au sein de la Fcbe, les gens ne savent pas tenir parole. Ils ne respectent pas leurs engagements. Le député Tokou Dari est de Kandi. Il a été élu sur la liste Fcbe. Mais aujourd’hui, il a rejoint le G13. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais aujourd’hui, je dois vous avouer que je suis impatient que le Président Boni Yayi fasse son gouvernement. C’est tout ce que nous attendons à l’Upr et au G13. Le jour où il va faire son gouvernement, il saura qu’il y a des garçons au Bénin. Nous pensons que s’il ne fait pas vite son gouvernement, ce sera encore plus grave pour lui. S’il ne change pas l’équipe qui est là, la situation sera encore plus grave. Nous attendons avec impatience son remaniement pour lancer les hostilités… », a dit le Président Edmond Agoua. C’est la preuve qu’entre le Chef de l’Etat et lui, le divorce est bien consommé.

Edmond Agoua définitivement opposé à Yayi

La présence de l’honorable Edmond Agoua à Kouandé tranche radicalement avec les commentaires qui couraient les rues et qui faisaient état d’une rupture de banc entre le président Issa Salifou et lui. A Kouandé, c’est en tout cas un Edmond Agoua très déterminé à poursuivre le combat avec l’Upr pour faire partir Boni Yayi du pouvoir en 2011 que nous avons vu. C’est dans une déclaration très engagée qu’il a appelé les populations de Kouandé et de tout le Bénin à se mobiliser pour changer le changement en 2011.
« Nous avons décidé de venir vous accompagner dans votre décision qui est d’adhérer à l’Upr. Comme vous le savez bien, nous menons le même combat. C’est un combat de libérateur. Depuis 1990, nous avons refusé la pensée unique en optant pour le multipartisme intégral. Mais ce qui est dommage, c’est cette pensée unique doublée de gabegie, de xénophobie que veut nous imposer le régime du changement. Je le dis avec force parce que vous savez tout ce qui s’est passé dans la commune de Glazoué lors des élections communales. Malgré les intimidations, les actes de vandalismes, les tentatives d’assassinat, nous avons tenu, continuons de tenir et nous allons tenir pour changer le changement et de chauffeur. Il faut que nous changions le changement parce que s’ils étaient ici, qu’est-ce qu’ils allaient vous dire outre que le Bénin émergent ? Dans quel sens va notre changement ? Vous devez vous poser cette question là. Je peux vous dire aujourd’hui que le chauffeur de notre véhicule a perdu le contrôle de la situation puisqu’il est ivre du pouvoir, il est en train de nous conduire vers le ravin. Il urge donc de le changer puisque nous n’avons pas besoin de tomber dans un trou. Et c’est pour cela que chaque fois que j’ai l’occasion d’aller défendre cette cause, je me mets en route pour accompagner mes amis qui ont la même idée, la même pensée que moi. Il faut libérer le peuple béninois de la situation dans laquelle il se trouve. La chose la plus grave que vous connaissez est qu’il faut forcément porter le nom Fcbe pour avoir de l’eau dans sa commune. Est-ce que c’est de cela que nous avons besoin ? La chose la plus grave qui se passe dans notre pays aujourd’hui c’est qu’il faut s’appeler Fcbe avant d’avoir le téléphone, l’eau, les écoles, les dispensaires dans sa localité. Est-ce que c’est de cela que nous avons besoin ? Je pense que non ! C’est pour cette raison que je vous demande de rester ensemble, unis comme un seul homme pour qu’en 2011, nous puissions changer le chauffeur et que nous puissions changer le changement… ». 

Affissou Anonrin
 
     
 
 
   
 
 
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