Lettre ouverte à monsieur Brice HORTEFEUX : Ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Co-Développement
onsieur le ministre, le 18 mai dernier (confirmé mardi 19 juin), vous avez été nommé à la tête d’un « super ministère » portant un intitulé assez « tendancieux » : Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Co-Développement.
En créant ce ministère, le Président Sarkozy, honorait sa « promesse » de candidat.
Les critiques n’ont pas tardé. Elles sont nombreuses. Parmi elles, celles de huit membres du comité d’histoire de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration (CNHI), qui ont remis leur démission le 18 mai, jour de la nomination du gouvernement Fillon 1, pour dénoncer l'instauration "inacceptable" d'un ministère de "l'immigration et de l'identité nationale". Ils ont "unanimement marqué" leur "désapprobation à l'égard de l'association, dans le titre du ministère, des termes 'immigration' et 'identité nationale'".
Ou encore celle d’un expert des Nations Unies qui a critiqué devant le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a Genève la création de ce ministère qu’il estime être « l’expression de la banalisation du racisme ». Selon lui il s’agit « d’une lecture ethnique et raciale des questions politiques, économiques et sociales et le traitement idéologique et politique de l’immigration comme un enjeu sécuritaire et comme une menace à l’identité nationale ».
Mais surtout celle d’une très grande dame : Mme Simone VEIL qui déclarait en avril dernier « Pour moi, c'est plus qu'une imprudence. C'est plus grave. Je n'ai pas compris. D'abord, je trouve que la formule qu'il a employée est très ambiguë. On ne sait pas très bien ce que cela veut dire ».
Mais qu’implique l’intitulé de ce « ministère de la Honte » comme le qualifie le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) ?
Monsieur HORTEFEUX, s’agit-il d’une stigmatisation déguisée des étrangers ?
Ou comme vous le dites, « une façon de simplifier les procédures administratives et de rendre la politique d’immigration plus efficace » ?
Vous nous promettez des politiques fermes et humaines pour atteindre quatre objectifs : maîtriser les flux migratoires, favoriser l'intégration, promouvoir l'identité française et encourager le codéveloppement.
Mais raccompagner à la frontière de manière volontaire ou contrainte 25 000 étrangers (votre objectif pour l’année 2007), soit 400 personnes par jour cela vous semble t-il humain ?
Vous réfléchissez également à l'idée qu'un candidat au regroupement familial soit soumis à un test de maîtrise minimale de la langue française et de connaissance de la culture française. Mais pensez vous qu’avec de telles lois Mr Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa père d’un certain Nicolas aurait pu s’installer en France ? Pensez vous sincèrement que vos services refuseront l’entrée sur le territoire français aux enfants d’un « immigré » américain parce qu’ils ne parlent que l’anglais ?
N’oubliez pas la définition de l’immigré monsieur HORTEFEUX : « personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. » On ne fait nulle part référence à une origine géographique précise. Il faut différencier l’immigré de l’étranger ( personne n’ayant pas la nationalité française).Un immigré portugais n’a certainement pas besoin d’une politique de codéveloppement pour son Portugal natal.
Selon vous « Lier immigration, intégration et identité n'a rien de honteux. Cacher notre identité à ceux qui souhaitent s'installer en France reviendrait à renier les valeurs qui ont forgé notre histoire et à accepter l'idée que l'immigration ne soit dictée que par des considérations matérielles. La promotion de notre identité ne révèle strictement aucune hostilité à l'égard des immigrés. Elle n'entame en rien la diversité, elle donne aux étrangers un guide de valeurs républicaines à respecter. L'identité nationale n'est pas un concept, c'est une boussole pour les Français et pour toutes celles et ceux qui aspirent à le devenir. »
Mais d’une part tous les immigrés ne veulent pas forcément obtenir la nationalité du pays dans lequel ils immigrent Mr HORTEFEUX. Et d’autre part tous les étrangers ne sont pas des immigrés.
Le Président Sarkozy a eu « l’audace » de la création de ce ministère (et même si selon vos sondages 72% des français interrogés l’acceptent), qu’il ait le courage de changer son intitulé et ces attributions afin de prouver au reste du monde que la France est effectivement « généreuse, diverse et ouverte sur le monde ».

Par Modeste TIHOUNTE KEREKOU
Vice-président de l’Union Pour la Relève (UPR)
en charge de la communication & de la Formation